Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
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Préhistoire (articles de mon précédent blog)

Affaire Julien Lahaut : la démocratie assassinée

 

Le 18 août 1950 à Seraing, un homme était abattu sur le pas de sa porte, une porte comme à son habitude grande ouverte.  Cet homme venu accueillir ses visiteurs nocturnes, c’était Julien Lahaut, alors député et président du Parti Communiste Belge.  Quelques jours plus tard lors de son enterrement, sa dépouille était escortée par une véritable marée humaine de trois cent mille personnes venue lui rendre hommage.

S’il est avec Joseph Jacquemotte une des figures emblématiques du communisme belge, Julien Lahaut transcende également cette identité politique. Le 18 août 1950, c’est un (sinon « le ») symbole de la classe ouvrière belge qui est abattu [Il faut noter qu’à la même époque, le secrétaire général du puissant Parti Communiste japonais est lui aussi assassiné. Par ailleurs, deux figures importantes des Partis communistes italien et français, Palmiro Togliatti et Jacques Duclos, échappent de justesse à des attentats. C’est alors la guerre froide et on ne recule alors devant aucun moyen pour affaiblir l’adversaire.].

Né dans une famille d’ouvriers, Julien Lahaut dont le père fut licencié des usines Cockerill pour ses activités politiques fut ouvrier dès ses 14 ans. En 1905 – alors qu’il a à peine 21 ans – il créa le syndicat des métallurgistes de Seraing « Relève-toi » et devint en 1908 le secrétaire permanent de la future Centrale des métallurgistes.  Ce n’est qu’en 1923 qu’il rejoindra le PCB (Parti Communiste Belge) après avoir été exclu du POB (Parti Ouvrier Belge), l’ancêtre du PS actuel. Très tôt, il milita pour la conquête du suffrage universel pur et simple. Antifasciste de la première heure, il s’engagea contre les franquistes lors de la guerre d’Espagne.  Joignant le geste à la parole, il accueillit alors chez lui des enfants refugiés. Résistant de la première heure lors de la seconde guerre mondiale, il passa dans la clandestinité puis fut déporté vers le camp d’extermination de Mauthausen dans lequel son courage lui vaudra ses mots « il était un homme qui portait le soleil dans sa poche et en donnait un morceau à chacun » [Source : http://juliendohet.blogspot.com/2007/08/lassassinat-de-julien-lahaut.html]. Revenu très affaibli il prit la tête du PCB un an plus tard. Opposant farouche à la monarchie et républicain convaincu, celui auquel on attribue – à tort – le cri « vive la république – lors de la prestation de serment de Baudouin le 11 août 1950 fut également la figure de proue du combat contre le retour de Léopold III, un souverain à l’attitude plus que trouble durant la guerre. Il fut assassiné 7 jours plus tard.

Depuis 58 ans, le Parti communiste mais également de nombreux progressistes exigent la vérité sur cet assassinat politique. Jamais pourtant la justice belge ne se donna les moyens d’identifier et de punir celles et ceux qui commirent et commanditèrent ce crime.   L’affaire fut close en 1972. Dès la moitié des années 80, les historiens flamands Etienne Verhoyen et Rudy Van Doorselaer révélèrent le nom de l’assassin et de nombreux détails sur le parcours du tueur décédé.  Jamais pourtant on ne rouvrit le dossier.

Depuis 2000, relayé notamment par la parlementaire écologiste Muriel Gerkens, les communistes réclament une commission d’enquête parlementaire comme celle instituée pour l’affaire Lumumba. Mais malgré un appel soutenu par plus de 250 signataires politiques – communistes, écologistes, socialistes – et syndicaux, la Belgique n’est toujours pas prête à faire la lumière sur le dernier soubresaut dramatique de la question royale….  Singulièrement, le parti socialiste fait obstacle à cette commission pour des raisons obscures [[Voir à ce propos les déclarations de Jean-Maurice Dehousse dans le Menseul Drapeau Rouge ]]. En 2007, un reportage de la télévision publique Canvas revenait à nouveau sur l’affaire corroborant la piste des tueurs professionnels et révélant de nouveaux détails.

Pour la vérité, il n’est jamais trop tard. C’est pourquoi il est urgent que se lève enfin la chape de plomb pesant sur cette affaire qui demeure une tâche brune indélébile dans l’histoire de notre pays. Ce meurtre ne doit pas être effacé de la mémoire collective. Une démocratie se grandit en revenant sur les fautes du passé. Il doit être clair pour tout progressiste que nous vivons toujours ce jour dans une démocratie assassinée.

 

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