Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
Barcelona
Humeur du jour

De retour de Barcelone,  une ville absolument fantastique. 

On a beau aimer viscéralement sa ville, on  a beau être conscient que ce sont des villes de tailles très différentes, la comparaison avec Liège (comme probablement les autres grandes villes wallonnes)  impose deux cruels constats :

  1. La mobilité chez nous est exécrable. Sur trois jours à Barcelone, j’aurai voyagé à prix très modeste (carte à 10 euros pour 10 voyages) en métro, en tram, en bus (hybride), en funiculaire et même pris le téléphérique (plutôt gadget pour le coup en terme de flux de voyageurs mais adapté au dénivelé ainsi que c’est le cas à Liège à plusieurs endroits). Des transports en commun sans fioriture (notamment le métro très simple et sans luxe) mais abondants, complémentaires, adaptés aux dénivelés de la ville. Il y a également un système de vélos partagés très développé, ainsi qu’une infrastructure piétonne et cyclable très appréciable.  Sans parler des célèbres ramblas, plusieurs quartiers sont entièrement piétonniers (les voitures si j’ai bien compris sont logées dans des parkings souterrains très abondants en bordure des quartiers).  Sans connaître les détails de la gestion de ces moyens de transport, ni ignorer des défauts qui manifestement doivent exister (tout ceci ne semble pas public par exemple), force est de constater que Liège est profondément à la traîne en terme d’alternatives à la voiture.  Le projet mal ficelé (et à l’arrêt) de tram, l’avancement bien trop lent du REL, la timidité de la politique cyclable (singulièrement en périphérie), le nombre trop abondant de places de parkings au cœur de la ville, laissent présager que l’on souffrira encore fort longtemps de cette situation.
  2. Nous manquons d’espaces verts au cœur des quartiers. Sans parler des plages réhabilités les dernières années (mais le réchauffement climatique n’a pas encore amené la mer jusqu’à Liège), que ce soit les grands espaces verts en bordure de la ville bien desservis par les transports en commun (en particulier le parc Montjuïc accessible en funiculaire, bus et téléphérique) ou au centre de la ville (parc de la Ciutadella accessible en métro, tram et bus), Barcelone dispose de quelques grands parcs remarquables. Par ailleurs, et ceci est au moins aussi appréciable, la ville est aujourd’hui (beaucoup de ces structures sont récentes) truffée d’une multitude de plus petits espaces verts au cœur même des quartiers.  La comparaison avec Liège est cruelle.  Barcelone offre à ses habitants la possibilité d’espaces de délassement (bien équipés pour le sport, la détente, la lecture ou le jeu des plus petits) à proximité de leur habitation.  Liège a timidement entamé la mise à disposition de quelques lieux mais la qualité des équipements (notamment sportifs ou le mobilier urbain) offerts est sans commune mesure.  En outre, de nombreux quartiers de Liège sont toujours très mal lotis (je pense en particulier à Jupille).  On mesure mal à quel point ceci impacte la qualité de vie en ville.  S’arrêter dans une petite plaine de jeu au retour de l’école avec les enfants, pouvoir les emmener jouer au ballon sans risquer de les voir se faire renverser par une voiture, s’installer sur un banc ou un siège confortable à l’ombre d’un arbre pour bouquiner, faire une partie de pétanque avec quelques voisins, improviser un barbecue, faire un parcours « vita »,…  Cela semble possible quasi partout à Barcelone.

La situation n’est assurément pas idéale.  A plusieurs endroits, des affiches témoignent de combats citoyens pour préserver des espaces verts publics face à des risques de privatisation ou à la gourmandise de certains promoteurs.  Les stigmates de la crise espagnole sont également très visibles.  Comme dans quasi toutes les grandes villes, abondance ostentatoire et pauvreté se chevauchent  avec toute l’indécence propre à la société capitaliste.  Mais fondamentalement, vivre en ville n’est pas une « punition », un choix par défaut.

La grande majorité de la population mondiale (et ce chiffre croît) vit aujourd’hui dans des villes.   Loin du mythe du retour à la campagne, la ville offre dans certaines conditions (la possibilité d’une mobilité efficace sans voiture, le développement de circuits courts avec notamment le principe de ceinture vivrière et même de petites productions au cœur des villes, la relocalisation de l’activité économique en son sein, des systèmes collectifs de chauffage et de production d’énergie,…) la véritable alternative pour diminuer notre empreinte écologique.  Elle offre en outre la possibilité d’accéder à des infrastructures collectives (pour le sport, la culture, les apprentissages,…).

Potentiellement, la ville inscrit par ailleurs l’homme dans sa dimension collective et sociale.  Les syndicats, les coopératives, toutes ces structures qui ont fondé notre souhait de faire société et d’opposer des alternatives solidaires aux mécanismes d’exploitation, sont nés dans la ville.  On peut penser que de nombreuses alternatives aux logiques marchandes actuelles qui y émergent progressivement se développeront à nouveau au départ des villes.

Pour cela, il est essentiel que la ville soit un lieu où il fait « bon vivre ». La qualité de vie en ville n’est pas un élément anecdotique mais une des clefs pour une transition rouge-verte.  En conséquence, que les villes wallonnes deviennent demain des espaces de vie plus enviables est sans doute un des défis majeurs pour notre Région.

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