Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
F1
Préhistoire (articles de mon précédent blog)

F1 à Francorchamps : Ne pas confondre grand prix ou coût excessif

Une logique populiste

Du coté du PS, on aura joué joyeusement des coudes afin d’être aussi visible devant les caméras que le MR au Grand Prix – terme bien choisi – de Formule 1 de Francorchamps.  En matière de F1, le firmament du courage politique consiste aujourd’hui à ne rien dire – même pour ECOLO jadis en pointe et qui n’a pas cru bon de se joindre via un communiqué à la voix des protestataires – et à ne pas céder au concert de louanges pour cette « vitrine de la Wallonie ».

Qu’un citoyen lambda, mal informé des enjeux économiques et environnementaux, biberonné – entre autre via la télévision publique – au sport automobile sur canapé et conforté par la quasi unanimité médiatico-politique mâtinée de ce qu’il faut de fierté wallonne défende avec hargne SON Grand Prix, je le comprends même si cela m’attriste.  Par contre, que des politiques qui connaissent les enjeux glissent par populisme [[Populisme CONTRE le peuple puisque ce grand prix ne sert en rien ses intérêts !]] dans l’euphorie ambiante et œuvrent concrètement à la défense à tout prix de cette course, quitte à occulter certains faits, me débecte littéralement.

Puisque je fais de la politique pour des idées et non pour caresser dans le sens du poil la norme établie par ceux qui ont le pouvoir, voici quelques vérités moins ronronantes qu’un moteur de F1 et que j’aurais aimé entendre ou lire de la part du monde politique et médiatique de gauche.

 

La négation même de l’idéal socialiste et utilisation des deniers publics

Dans un article publié sur son Blog, François Schreuer écrit ceci: « Un champion de F1 gagne en un an ce qu’un travailleur wallon gagnerait en 500 ou 1000 ans de labeur (sinon plus). Et il faudrait payer ces salaires indécents avec de l’argent public ? Et les ministres qui plaident pour cela se réclament du « socialisme » ? Il me semble y avoir ici un profond problème moral. » Pan dans l’œil !  Est-ce parce que leurs propres standards économiques sont à mille lieux des « prolétaires » wallons que les leaders socialistes ne perçoivent plus ce qu’il y a de choquant dans leur attitude ?   Est-ce parce qu’ils abandonnent toujours davantage le combat pour moins d’inégalités et en particulier d’inégalités salariales ?  Ne voient-ils plus l’aberration qui consiste à retirer de la poche de chaque wallon entre 10 et 15 euros afin de financer cette activité pour milliardaire détenue par Bernie Ecclestone, prototype même du patron capitaliste et plus grande fortune d’Angleterre, qui en « citoyen modèle » a établi son domicile fiscal en Suisse afin de gérer avec l’opacité voulue une fortune de plus de 4 milliards de francs suisses ?

Les wallons n’ont pas besoin de milliardaires, ils n’ont pas besoin de vitrine, pas besoin qu’on les abrutisse avec du pain et des jeux.  Ils ont besoin d’un boulot.  Pas parce qu’un travail serait une valeur en soi – c’est pourquoi il convient d’utiliser les progrès techniques et scientifiques pour diminuer la part du travail dans l’existence – mais en tant que contribution à la collectivité permettant d’offrir à toutes et tous un logement, une nourriture de qualité, un accès à l’enseignement et aux soins de santé, à la culture, … Il est révélateur que le message politique de socialistes – c’est plus logique de la part de libéraux – soit que les grands investisseurs privés – traduisez milliardaires – sont vitaux à la relance et donc au boulot dans notre région. Le fait qu’en Wallonie 80% de l’emploi se situe dans des entreprises locales de petite taille : zwouip! La possibilité d’axer préférentiellement le redéploiement sur une implication massive d’acteurs publics : fioup !  Envolé. Disparu dans la fumée de pots d’échappement.  Pour relancer la Wallonie, les socialistes s’en remettent à Bernie Ecclestone, ils remplissent les salons VIP et demandent aux plus convaincus d’allonger entre 100 et 150 € la place pour se masser dans les tribunes et financer les petits fours. La défaite idéologique de la social-démocratie est là, les idées ont fondu lamentablement comme du goudron au soleil!

 

Quelle crédibilité écologique ?

Concernant les aspects environnementaux, le débat le plus important n’est, me semble-t-il, pas tellement celui de l’impact CO2 direct du Grand Prix.  Aussi symbolique soit la consommation folle des bolides de F1 – plus de dix fois celle d’une voiture normale – la première contribution CO2 d’un événement comme un grand prix de F1 n’est pas liées aux bolides même mais bien au déplacement des spectateurs se rendant sur le circuit.  En ce sens, et même si l’émission CO2 des footballeurs est moindre que celle des F1 – pas toujours celle de leur voiture – le championnat de Belgique de football et les dizaines de milliers de spectateurs qu’il draine chaque week-end a sans doute un impact CO2 plus dramatique. (Pour être rigoureux, il serait amusant de calculer également le nombre de tonnes de fioul brulées pour produire l’électricité nécessaire au fonctionnement des millions de postes de télévisions allumé pour suivre à travers le globe les grands prix ou les retransmissions de foot.)1717

Le débat le plus important d’un point de vue environnemental concerne l’impact induit par cette activité, impact énorme même si difficilement quantifiable avec exactitude:

La F1, c’est la mise en avant, anachronique à l’heure des pactes écologiques, de la voiture, et en particulier d’une forme de voiture extrêmement polluante et roulant à des vitesses extrêmes, alors que l’on sait l’impact environnemental de ce mode de transport – tout comme celui de modes de conduite sportifs – en comparaison des transports collectifs ou de la mobilité douce.

Cette participation active des pouvoirs publics – et on doit pointer ici le rôle négatif de la télévision publique qui se refuse quasi à toute prise de distance dans sa couverture médiatique d’événements sportifs – dans l’organisation et la promotion de cette activité ôte quasi toute crédibilité à une politique écologique de notre région qui relèverait d’autre chose que du gadget électoral.  Comment en effet demander au citoyen de préférer le train pour se déplacer ou le vélo sur les distances courtes, comment lui signifier qu’il est important d’opter pour des voitures « écologiques » et des pratiques de conduite précautionneuses, quand ses autorités font le contraire de ce qu’elles demandent [[Un peu comme ces ministres qui insistent sur les limitations de vitesses et dont on voit les voitures avec plaques officielles nous dépasser à tout berzingue sur l’autoroute.]].

 

En conclusion

On pourrait encore pointer d’autres arguments qui devraient pousser des responsables – en particuliers de gauche – à se monter plus critiques à l’égard de la F1.  Relevons par exemple le fait que la F1 véhicule – au sens propre et figuré – une image excessivement machiste, les femmes n’étant pas au volant mais en tenue sexy dans les stands.  Notons encore l’atmosphère de tricherie entre équipes ou les rivalités interpersonnelles qui donnent une image de la compétition fort éloignée d’une saine émulation.

Bref, le nombre d’arguments justifiant de s’opposer – a fortiori pour une personne de gauche un minimum sensible à la dimension écologique – à cet événement ne manquent pas.  Il est des silences qui disent beaucoup de choses …

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