Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
calatrava
Préhistoire (articles de mon précédent blog)

Gare Calatrava à Liège: le prix européen du béton et rien d’autre …

La gare de Liège aurait pu recevoir le « prix européen de l’efficience énergétique ».  Avec ses énormes et nombreux spots énergivores éclairants ses colossales arches (parfois en plein jour), ce ne sera pas le cas. A l’heure de la lutte contre les gaspillages énergétiques et leur impact sur le  réchauffement climatique, chacun appréciera ce luxe. La gare ne prévoit d’ailleurs aucun mécanisme d’économie d’énergie (panneaux solaires, récupération d’eau de pluie, photovoltaïque, matériaux durables,…)

La gare de Liège aurait pu recevoir le « prix européen de la relocalisation économique ».  Avec ses 10.000 tonnes d’acier venant du sud de l’Europe (par camion ?) et non des entreprises centenaires situées à quelques kilomètres de la gare (avec une connexion par voie ferrée), ce ne sera pas le cas. On n’a pas davantage relocalisé l’emploi. Sur le chantier, le recours à des travailleurs étrangers (fort probablement payés moins chers bien évidemment) aura également été constaté.

La gare de Liège aurait pu recevoir le « prix européen de l’intermodalité ». Ce ne sera pas le cas. A l’origine rien n’était prévu pour les vélos. Le lobbying du GRACQ a permis d’avancer un peu sur cette question (sont prévus a priori un parking sécurisé pour vélos, un loueur de vélos et un espace dédié à l’entretien des vélos).  Le tram, non envisagé à l’origine comme hypothèse future (alors même que tout le monde politique joue aujourd’hui à prétendre que ce projet est dans les cartons depuis des lustres) ne sera pas intégré à la gare et devra se contenter de l’esplanade. Quant à un train-tram ou à des voies dédiées à un futur RER, rien n’est prévu et l’on voit mal comment intégrer cette donnée au paquebot actuel. En fait, la gare est essentiellement conçue pour accueillir des voitures, en témoigne la petite vidéo conçue par ses promoteurs (Lien)

La gare de Liège aurait pu obtenir le prix « usager heureux 2009 ».  Sauf qu’entre les quais étroits à certains endroits, les escaliers sans rampe pour bagages ou vélos, les quais en dalles de verre « hyperglissantes », le froid piquant sur les quais battus par les vents et même la pluie (cela changera-t-il avec la « casquette » ?), l’absence d’abri chauffé et même de bancs en suffisance pour s’assoir, on se demande si cette gare a été conçue en pensant à ses utilisateurs.

La gare de Liège aurait pu recevoir « le prix européen du jeune architecte 2009 ».  Mais ses promoteurs ont préféré choisir (sans consulter la population puisque nous sommes à Liège où l’on n’aime pas consulter) un « nom ».  Nous n’aurons pas non plus le prix de l’originalité. Calatrava est certes un architecte reconnu et ses créations très stylisées révèlent une esthétique certaine. Cependant, force est de constater que ses réalisations brillent souvent par leur mimétisme. Ainsi, la ressemblance entre la gare liégeoise et la Cité des Arts et des Sciences à Valence (Photo) ou encore la future gare de Mons (Photo et article) pour ne citer que deux exemples est frappant.  Il en est de même pour la passerelle qui relie l’arrière de la gare au tunnel sous Cointe qui est une copie quasi conforme de celle existant non loin du musée Guggenheim à Bilbao (Photo)

La gare de Liège aurait pu obtenir le « prix européen de l’intégration architecturale ». Mais l’immense mammifère de métal et de béton échoué entre la colline de Cointe et un quartier à l’habitat de petit volume fait peine à voir.  Pour résoudre ce problème, Calatrava, relayé par les promoteurs – spéculateurs – d’Euro Liège TGV a une solution : raser le quartier.  C’est fait pour l’essentiel.  Morceau après morceau, le quartier  a été démoli afin de « dégager la vue ».  Et il semble que cela ne soit pas fini puisque la rue Paradis est aujourd’hui menacée.  On parle de voir « grand » mais à la réalité « on est aveugle », aveugle de la réalité du quartier, de sa vie, de ses habitants.  Devant la gare, Calatrava faisant montre d’un autisme architectural rare propose un canal décoratif bordé des bâtiments de grand gabarit aux allures néostaliniennes du pire effet.

La gare de Liège aurait pu obtenir le « prix européen de la plus belle réalisation technique ».  Malheureusement, le génie Calatrava, l’orfèvre de l’acier, du verre et du béton, l’homme dont le bureau d’étude utilise des ordinateurs surpuissants pour calculer poussées et contraintes de bâtiments aux dimensions et aux formes improbables a oublié un des premiers phénomènes physiques que l’on apprend à l’école (et a fortiori dans une filière scientifique lorsque l’on prétend obtenir un diplôme d’architecte) : le changement de phase et en l’occurrence celui de l’eau sur les parois vitrées. Ainsi a-t-on vu apparaître dans la gare cet hiver, d’énormes flaques d’eau causées par une « pluie intérieure ».  Il s’agit d’eau qui givre sur l’immense verrière avant, sous l’action du soleil, de fondre, de s’accumuler sur les montants métalliques puis de « pleuvoir » sur les usagers de la gare.  D’un point de vue physique, c’est un très joli phénomène (lien) mais d’un point de vue pratique …

La gare de Liège aurait pu avoir le « prix européen de l’intégration des personnes mal voyantes ».  Ce ne sera pas le cas et sans le lobbying actif d’associations comme Gamah, on n’aurait pas eu le moindre guidage tactile sur les quais, passerelles et quais. Parmi les arguments burlesques avancés par Euro Liège TGV pour justifier l’absence de prise en compte de cette dimension citoyenne essentielle, on trouvait notamment le coût (on compare avec celui de la gare ?) et l’esthétique (monsieur Calatrava n’appréciant pas que l’on abime son œuvre avec ce genre de broutilles fonctionnelles).

La gare de Liège aurait pu avoir « le prix européen de la sobriété budgétaire ».  Cependant, dix ans après le début des travaux, on en est déjà à un coût estimé de plus de 430 millions d’euros et le chiffre de 600 millions d’euros à terme ne semble plus illusoire du tout.  A titre de comparaison, cela signifie que cette seule gare (ainsi que quelques aménagement des voies) aura coûté autant que 20-30 kilomètres de lignes de tram en site propre, qu’une dizaine de stades de football de 40.000 places, que la liaison autoroutière CHB (mais là c’est plutôt mieux de s’abstenir), ou que quinze musées Grand Curtius. Bref, on constate de quel gouffre financier il s’agit alors que dans le même temps la SNCB ferme des petites gares, condamne des voies et ferme des liaisons (notamment au départ des gares périphériques liégeoises comme Bressoux).

La gare de Liège a reçu le prix européen du Béton (Source : article lyrico-dramatico-grotesque du Soir) et l’on se dit que cela au moins, c’est indiscutable.

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