Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
Communales 2018

La gratuité des transports en commun à Liège : son coût, son financement, ses modalités ?

La question de la possible gratuité des transports en commun à Liège a été remise au coeur de la campagne électorale communale via la proposition (nouvelle) de gratuité totale portée par le PTB, et celle (renouvelée) d’abonnement à 1 euro de la coopérative VEGA.

Disons le d’emblée, je suis plutôt favorable à cette gratuité, pour les transports en commun mais aussi plus globalement pour une série de besoins de base, ce que j’ai développé dans une carte blanche « Pour la gratuité des besoins de base » parue dans le Vif.  Il convient toutefois d’évaluer la faisabilité et les meilleures modalités de mise en oeuvre d’une telle mesure.

Dans son programme communal 2018, le PTB Liège propose la gratuité des bus sur Liège, estime le coût de cette mesure à 8 millions d’euros, et suggère de la financer directement via le budget communal. A la lecture de leur dossier, on constate que cette somme est déterminée sur base des recettes du TEC Liège-Verviers rapportées au poids démographique de la ville de Liège.  Cette hypothèse de travail n’est pas exacte.  En effet, l’utilisation de transports en commun est très différente d’une commune à l’autre (et elle est en l’occurence très élevée sur Liège).  En outre, la gratuité à Liège n’est pas la gratuité pour les seuls liégeois.

Dans son programme 2018, la coopérative VEGA chiffre pour sa part la quasi gratuité (abonnement à 1 euro) pour les liégeois à 13 millions d’euros par an et propose de financer cette somme via une taxe de 2,3 euros par jour sur les places de parking hors voirie. Dans le programme 2018, on ne trouve cependant aucune explication sur ces chiffres.  Dans les archives datant de 2012, on retrouve par contre le texte d’une conférence de presse du 23 février 2012 qui avance le chiffre de 13,65 millions d’euros par an (sur base de nombreuses hypothèses) ainsi pour le financement qu’une taxe de 1,5 euro par jour appliquée à 25.000 place de parking et rapportant 13,68 millions d’euros par an.

Dans un cas, les chiffres sont incorrects. Dans l’autre, ils semblent vieux de 6 ans et sont basés sur de nombreuses hypothèses dont certaines étant assez floues et/ou discutables. En outre, le mode de financement semble également discutable (nombre de places, taux d’occupation,…). Actuellement, les recettes totales liées au stationnement à Liège (y compris en voirie) sont d’environ 5.8 millions d’euros.

Selon le dernier rapport annuel du TEC Liège-Verviers, 76 millions de voyages ont été effectués en 2017. Ils ont généré 44,4 millions d’euros de recettes (soit 0,57 euro / voyage). Sur Liège ville, on a comptabilisé 43,5 millions de voyages. Rendre le bus gratuit à Liège-ville représenterait donc 25 millions d’euros (=43,5 x 0,57). Augmenter la part modale des transports en commun de 50% (de 16% à 24%) comme suggéré par le PTB représenterait (à coûts constants) un budget d’environ 37,5 millions d’euros par an, la passer à 30% comme proposé par VEGA nécessiterait un budget d’environ 47 millions d’euros par an, et ce uniquement pour compenser la partie recettes non perçues. Des économies d’échelle sont sans doute possibles mais les bus liégeois sont déjà très remplis.

C’est une très bonne chose que de remettre en débat la question de la gratuité.  Face au défi environnemental du réchauffement climatique et au défi sanitaire de la qualité de l’air, augmenter la part modale des transports en commun est une des clefs. La gauche a toutefois la responsabilité de venir avec des chiffres fiables et un mode de financement crédible si elle veut faire avancer ses propositions. Il faut également se demander si la gratuité est la meilleure solution pour augmenter la part modale des transports en commun alors que ceux-ci sont déjà fortement financés (entre 70 et 80%) et relativement peu onéreux (en comparaison de la voiture). Dit de façon simple, est-ce le coût où la qualité de l’offre qui constitue le premier frein aujourd’hui ?

Notre ville, honteusement sous financée comme nombre de nos communes et particulièrement des grandes villes, aura bien du mal à agir seule dans un contexte budgétaire serré. Il semblerait dès lors utile pour la future majorité liégeoise, si elle souhaite s’emparer de cette question, de procéder de la façon suivante:

  • Etudier les avantages et inconvénients de deux formules, la gratuité et la tarification solidaire, en commandant une étude sérieuse sur le coût et le possible financement à l’échelle locale de ces options.

NB : Strasbourg fournit un exemple concret de tarification solidaire depuis 2010.  Le prix d’un abonnement mensuel y varie entre 3,40 euros et 50,80 euros en fonction du quotient familial. Les rentrées ainsi générées permettent de continuer d’investir. La progressivité permet pour sa part une plus grande accessibilité.

  • Militer activement à l’échelle de la Région Wallonne pour la gratuité (coût de l’ordre de 150 millions d’euros) ou la mise en place d’une tarification solidaire.  Faire financer une telle mesure à l’échelle wallonne serait une façon indirecte de mener une politique favorable aux urbains, ce qui est très (trop) rarement le cas.
  • Se battre pour améliorer l’offre (en quantité et qualité).  Liège-ville dispose de 35% d’offre par habitant de plus que Charleroi ville, mais les Liégeois utilisent cette du offre TEC 340% fois plus. À l’échelle des agglomérations, l’agglomération de Liège dispose de 14% d’offre par habitant en plus, mais les « grands Liégeois » utilisent cette offre 330% fois plus cette offre que les « grands Carolos ». Bref, Liège est sous-financée en matière d’offre de transports en commun.
  • A défaut d’avancées au niveau wallon, voir comment poser des jalons sur l’une ou l’autre option (gratuité et tarification solidaire) à l’échelle de l’agglomération si possible (une dizaine de communes), ou en dernier recours de la ville (même si cela semble moins intéressant et logique)
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