Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
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Préhistoire (articles de mon précédent blog)

La Poste : Histoire d’un incroyable hold-up

Didier Bellens s’est, la presse s’en est fait l’écho, évanoui lors de la remise par Nicolas Sarkozy  de la légion d’honneur à Didier Reynders.  Ce n’est peut-être pas en raison de son plaisir extrême de voir ainsi honoré un ami des riches.  C’est peut-être, lui qui est au conseil d’orientation de CVC Capital Partners en remplacement de Johnny Thijs, en réalisant l’ampleur de la plus-value que s’apprête à nouveau à réaliser ce fond d’investissement privé sur le dos des citoyens belges.

Pour rappel, en 2005 CVC a acquis 25% de la Poste belge pour 150 millions d’euros (25% étant vendu au même tarif à la Poste danoise … dont CVC était le principal actionnaire privé).  Après avoir empoché des bénéfices colossaux et croissants (EBIT record de 404 millions d’euros en 2012), après avoir réalisé des « cash out » faramineux (le dernier en date avec l’aval du Conseil des Ministres date de ce mois et s’élève à pas moins de 198 millions d’euros),  CVC qui considère qu’il lui sera difficile de presser beaucoup plus encore le fruit (notamment parce que la Poste a dû rembourser des aides indûment perçues), s’apprête  à revendre en bourse 25% à 30% de bpost (le nouveau nom marketing en toutes petites lettres de ce qui fut notre belle Poste) pour un montant estimé entre 550 et 900 millions d’euros.  Ceci représente une plus-value entre 400 et 750 millions d’euros.  C’est, dans cette dernière hypothèse, cinq fois la somme investie. En additionnant les cash out, les dividendes et cette revente en bourse, on est sur base annuelle depuis 2005 à un retour sur investissement totalement improbable de l’ordre de 100%.  C’est autre chose que le taux des comptes d’épargne des Chypriotes.

C’est sous nos yeux et en dans un silence assourdissant, un hold-up incroyable sur un service public essentiel qui se déroule.  Le prix de ce hold-up nous le connaissons : la fermeture de la moitié de nos bureaux de poste, une augmentation de plus de 80% du prix du timbre depuis 10 ans, la perte de plus de 12.000 emplois (ETP) et le remplacement progressif des facteurs par des sous statutaires,…  De l’aveu même de la direction de la poste, la fermeture des bureaux de poste a permis d’économiser 75 millions d’euros, dix fois moins que ce que CVC pourrait empocher !

On ne répétera jamais assez combien il est insupportable que des socialistes (c’est comme cela qu’ils se qualifient encore) aient été de TOUS les gouvernements qui ont pied à pied œuvré à cette mise à mort de nos services publics, à ce vol manifeste de notre bien commun.

Pour la Poste, à court terme, le mal semble être fait, le droit à la mise en bourse étant précisé dans le contrat de gestion.  A l’heure où Didier Reynders propose une nouvelle fois de brader des biens publics afin de renflouer les caisses de l’Etat (vidées par les milliards d’abattements fiscaux injustes concédés à des entreprises comme Arcelor-Mittal ou Caterpillar, faut-il le rappeler), il est par contre temps pour ceux qui se réclament de la gauche « responsable » de se montrer responsables en s’opposant à cette logique de privatisation du bien commun.  Hélas, il faut bien avouer que l’on ne croit plus vraiment à leur sursaut.

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