Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
bio
Préhistoire (articles de mon précédent blog)

L’Europe et le bio : chronique d’une logique économique en marche

Le bio (certains parlent de « la » bio) a le vent en poupe tout comme le commerce équitable et cet engouement éthique (qu’il s’agisse d’une éthique écologique ou d’une éthique sociale) est source d’espoir pour beaucoup. Mais ce « créneau économique » en pleine expansion est aujourd’hui l’objet de convoitise de la part des industriels qui souhaitent soit le récupérer soit le détruire (ce qui revient un peu au même). L’Europe qui n’hésite jamais longtemps à sacrifier les petits producteurs au profit des lobbies industriels s’apprête dès lors à leur faciliter la tâche en assouplissant les critères bios.

Soutenir tout en demeurant sélectif et critique

Même si j’en suis un utilisateur quotidien, je mesure les limites, les dérives et les effets pervers de ces labels.  En ce qui concerne le commerce équitable, les interpellantes dérives du label autoproclamé Max Havelaar (A Lire « Commerce Equitable : Le Grand Bazar »), ou d’Oxfam (A lire : « Quand le commerce équitable fait de la pub  » ) ont été dénoncées.  Plus fondamentalement, le magazine Silence avait déjà il y a fort longtemps pointé certaines limites du concept même de commerce équitable (A lire : «10 objections majeures au « commerce équitable » »).  En ce qui concerne le bio, des dérives existent également et ont été mises en lumière.  Par exemple, à l’aéroport de Bierset-Liège, des fruits, des légumes et des fleurs bios arrivent chaque jour par avion depuis Israël et l’Afrique (A lire : «A la Saint Valentin , dites « je t’aime » … mais pas avec des fleurs de la société AGREXCO !»).  L’achat du consommateur qui se rend dans un supermarché ou une superette bio pour ces produits n’est éthique ni socialement (au regard de la situation en Israël et de l’exploitation des travailleurs palestiniens), ni écologiquement (le transport par avion est des plus polluants (A lire : « Combien de kilomètres contient une assiette ?» ).

Labels sociaux et écologiques (Voir la proposition du Collectif Avion Rouge.) afin de promotionner une agriculture biologique locale et socialement responsable19 font défaut.

Plus fondamentalement, l’idée que l’on va changer le monde en votant avec son chariot de supermarché est séduisante pour beaucoup mais elle me semble totalement trompeuse. Si les consommateurs veulent réellement changer le monde, il faut voter en mettant un bulletin dans l’urne. Une écologie conséquente réclame une remise en cause du capitalisme et du mythe de la croissance (A lire : « Ecologie et marxsime : une rencontre nécessaire mais pas toujours évidente.»).  Sans cela on se contente d’un vernis vert façon Nicolas Hulot qui ne résiste jamais longtemps aux boulimiques exigences économiques du monde privé.

Cependant, je connais un peu la philosophie de nombreux petits producteurs bios locaux.  Il s’agit pour eux de défendre une autre idée de l’agriculture, de préserver la biodiversité, la qualité des produits, le contact humain. C’est ce bio local, qui coupe la chaine des nombreux intermédiaires entre producteurs et consommateurs, qui minimise le transport, qui évite les supermarchés, temples de la surconsommation, que je veux défendre face aux lobbies industriels.

Une logique en marche

Le projet de nouveau cahier des charges européen pour l’agriculture biologique approuvé par le Conseil des Ministres de l’Agriculture du 19 décembre 2006 tente de créer une forme de « bio light ».  Quels sont les changements par rapport au cahier des charges actuel tel que défini dans le règlement 2092/91 ?

– l’utilisation de substances chimiques de synthèse n’y est plus clairement interdite;

– la pollution des produits bio par des OGM y est tolérée jusqu’au seuil de 0,9% (soit 9 grammes par kilo), comme pour les produits de l’agriculture conventionnelle;

– le développement de cahiers des charges bio, nationaux ou privés, plus stricts et plus adaptés aux régions que le nouveau cahier des charges européen ‘laxiste’, n’y est plus autorisé.

On voit à quel point ces modifications constituent la négation même de la spécificité des produits de l’agriculture biologique ! La motivation de l’UE est très clairement de répondre aux exigences des industriels des pesticides et des OGMs. Le deuxième point est particulièrement intéressant.  En effet, on sait que les OGMs contaminent les champs avoisinants (A lire : « Argumentaire de la Confédération Paysanne »). C’est pour cela que la norme de 0.9% d’OGM a été introduite pour les produits de l’agriculture conventionnelle.  Imaginons que les cultures bios s’étendent cela imposerait aux cultivateurs OGMs des mesures de confinement et d’importantes distances de sécurité (non rentables) afin de ne pas être attaqués en justice pour contamination.  En étendant la norme de 0.9% aux cultures bios, l’UE prépare le terrain à une extension des cultures OGMS.  Un raisonnement semblable vaut pour les pesticides. CQFD.

Agir ?

Nature et Progrès vient de mettre en ligne une pétition.  Vous pouvez la signer à l’adresse suivante : http://www.natpro.be/Petition/php/index.php

A plus long terme, au delà des pétitions citoyennes, il faudra peser politiquement si nous souhaitons une autre Europe.

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