Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
A
Humeur du jour

La moule cdH tente de changer de rocher

Je ne suis certainement pas là pour défendre le PS qui est effectivement miné par des pratiques dont il ne sort pas, et qui sont il me semble intimement liées à sa perte d’identité idéologique, au fait qu’il soit devenu un parti gestionnaire s’accommodant de la logique libérale et attirant dès lors à lui (pour l’essentiel) des candidats à la carrière politique et non de véritables hommes et femmes de gauche ayant une vision sociétale et une conscience de classe.

Mais le coup de poker que tente aujourd’hui Benoit Lutgen en proposant une alliance au MR, à Défi et à ECOLO est quand même le parfait exemple de la politique pourrie dont on ne veut plus.

Il l’est premièrement parce que le problème ne concerne pas un parti mais bien la façon dont s’organise de manière générale notre représentation politique et les pratiques qui découlent de cette conception de l’action publique. Citons la nécessité d’avoir une carte politique pour accéder à la direction de nombreuses institutions publiques, le cumul de mandats qui réclameraient un temps plein, le fait de concevoir l’action politique comme une carrière et non comme un temps limité consacré à la collectivité, la validation de salaires mirobolants dans de nombreuses structures, les engagements douteux dans les cabinets, l’absence de transparence sur l’action publique, le refus d’entendre la parole citoyenne lors des rares consultations (comme à Liège ou à Namur), le recours aux candidats attrape-voix aux positionnements douteux,etc. Même si le PS est le parti dominant ce qui accentue le phénomène en son sein, cette façon de concevoir la politique et les affres qui en découlent touchent également le cdH (Drion, Milquet,…) et le MR (De Decker, Pire,…), l’affaire Chodiev éclaboussant le MR n’étant certainement pas la moins grave de toutes.  L’essence de ceci est toujours la même : la faiblesse de la démocratie interne à ces structures et les dérives qui en découlent, ce dont cette sortie médiatique (non validée par une AG de membres du cdH je présume) témoigne parfaitement. Viser ainsi le PS (entité supposée monolithiquement pourrie) est du poujadisme de bas étage, et une façon grossière de se dédouaner pour le cdH.

Il l’est ensuite parce que l’on voit à 1000 kilomètres à la ronde que ce que fait Benoit Lutgen (encore un bon modèle de « ni de gauche ni de gauche ») est à la vérité un positionnement purement électoraliste. Il s’agit d’une tentative de se refaire une virginité à peu de frais alors que le cdH est en perte de vitesse dans les sondages et risque, vu la dégringolade du PS dans les mêmes sondages, de ne plus pouvoir être le partenaire attitré de celui-ci dans de nombreuses communes en 2018, ainsi qu’à la Région wallonne et à Bruxelles en 2019. Fidèle à sa pratique de parti pivot, la « moule » cdH décide dès lors de changer de rocher et de tenter de s’accrocher au MR afin de rester au pouvoir, pouvoir dont ce parti est au moins aussi friand que le PS quoi qu’il en dise.

En opportunistes, les « humanistes » tentent d’aligner les Régions sur le Fédéral en cherchant des majorités de droite. Je ne doute pas que le MR risque de mordre à l’hameçon (qu’il aurait d’ailleurs été bien hasardeux de lancer sans avoir préalablement tâter le terrain). J’espère que les écologistes ne joueront pas dans ce triste jeu et qu’ils ont désormais compris la leçon du gouvernement arc-en-ciel.

Ce dont on a cruellement besoin alors que le PS est occupé à exploser devant nos yeux, ce n’est pas de jouer à délégitimer davantage encore l’action politique.  Cela, c’est le projet ultralibéral par excellence.  C’est au contraire de redonner sens à la politique en la pratiquant autrement (ce que tente modestement le Mouvement Demain). Et pour atteindre cet objectif, on peut et doit trouver des personnes dans toute la gauche.  C’est également de redessiner le camp de la gauche et de l’écologie politique, pour construire demain des majorités qui permettent enfin une politique de rupture avec le libéralisme, comme avec le productivisme qui en découle.  Faire cela demande un soutien populaire résolu.  Plus les politiques seront transparents, le personnel et les pratiques renouvelés, plus il sera possible d’avancer.  La « bonne gouvernance », ce vilain terme issu du vocabulaire de l’entreprise, n’est pas un objectif hors-sol, c’est un moyen concret de rapprocher le citoyen de la chose publique, et donc de permettre une rupture politique dans laquelle élu et population avancent ensemble. Il y a du boulot.  La sortie de Benoit Lutgen a le mérite de démontrer de façon assez limpide que le cdH est toujours ancré dans les vieilles pratiques politiciennes dont il convient de faire table rase.

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7 Comment

  1. Je le répète car je l observe : Le monde est en transition. Les jeunes générations en sont conscientes alors que les politiques. …..Sortons des idéologies castratrices. Il n y a pas de honte d Etre progressiste et humaniste sans étiquette « socialiste » car cette notion est définitivement galvaudée dans nos contrées…Soutenons celles et ceux qui veulent se investir dans une action politique non partisane et sans idéologie aveuglante pour dépasser les clivages et dans l’ intérêt des Générations futures. C est notre responsabilité actuelle vu le constat objectif du déficit de la particratie exacerbée.

    1. Voici ce que nous disons sur cette question :

      Le Mouvement Demain est-il « de gauche » ?

      Oui ! D’autant plus que poser la question, permet d’éclairer deux points qui distinguent le Mouvement Demain de la « gauche classique » :

      Premièrement, la « gauche » est encore trop souvent synonyme de productivisme. Nous estimons au contraire que la priorité aujourd’hui doit être d’une part de partager équitablement la richesse produite et d’autre part de ne plus poursuivre une course à la croissance à tout prix qui détruit la planète, notamment en repensant la finalité et les conditions de la production des biens. Ces derniers doivent pouvoir répondre aux besoins réels des générations présentes sans grever l’intérêt des générations futures. C’est pourquoi nous prônons la règle verte qui consiste à ne jamais prélever davantage que ce que la nature peut reconstituer.

      Deuxièmement, il y a aujourd’hui de nombreuses formations politiques qui se disent « de gauche » tout en ayant participé ou mis en œuvre des politiques néolibérales, alors que celles-ci sont nuisibles, et principalement aux couches populaires qu’elles prétendent par ailleurs défendre. Une des raisons de la naissance du Mouvement Demain prend racine dans cette trahison de partis dits « de gauche » ou « socialistes ».

      Pour éviter ce type de dérive, le Mouvement Demain s’est donné des statuts dans lesquels la base des militants est en capacité d’exercer un contrôle permanent sur celles et ceux auxquels elle accorde des délégations de pouvoir. Sur le plan des principes politiques, Demain s’inspire des objectifs d’égalité sociale issus du socialisme historique du mouvement ouvrier, de la défense des conquêtes des salariés, des droits conquis par les mouvements démocratiques, féministes, antiracistes, d’émancipation populaire, d’éducation permanente, du droit à l’autonomie des peuples, à la laïcité des institutions étatiques.

      1. Dans la première partie de votre réponse vous dîtes que le terme ‘gauche’ à été galvaudé par ce que beaucoup de politiques en ont fait. Pourquoi alors ne pas utiliser un autre vocable? J’aime l’idée de ‘ l’intérêt général’ qui englobe plus largement des citoyens de tout bord mais responsables.

        1. Le vocable « de gauche » me semble également malvenu. L’imaginaire social l’associe à des partis résolument productivistes, matérialistes, hostiles à l’initiative privée. Pour abréger, je passe sur le positionnement de certains qui se présentent encore comme marxistes. Et je passe aussi, sur les positionnement dits de gauche qui sont en fait très utiles au capital. Je m’exprime ici en fonction des réactions que je perçois quand je me présente « de gauche » auprès de certains amis. Tôt ou tard, il faudra une autre terminologie (puisque hélas, une simplification est toujours nécessaire pour les média).

  2. Bien d’accord. Il faudrait sans doute ajouter que ce n’est pas seulement par calcul électoraliste que la moule change de rocher, mais à cause d’un positionnement de plus en plus droitier. Le vote (et plus que le vote, la défense à tout crin par Dallemagne) de la levée du secret professionnel au nom de la lutte contre le terrorisme, et le vote de la loi Borsus, avec la majorité, pour ne citer que ce que j’ai suivi.

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