Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
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Humeur du jour

MR au pouvoir : A qui la faute ?

L’arrivée du MR au pouvoir à la Région Wallonne est une mauvaise nouvelle, doublement. C’est d’abord une mauvaise nouvelle parce qu’au delà des habituels écrans de fumée écologiques (par exemple l’annonce de la fin du diesel en 2030 … mais uniquement pour les particuliers et sans réel plan de développement de la mobilité douce ni des transports en commun) et sociaux (par exemple la fin de la télé-redevance … mais sans explication sur son financement), l’on doit s’attendre en pratique au nom de l’emploi à des politiques générant encore davantage d’inégalités sociales et ne prenant aucunement en compte le défi environnemental.   Cela l’est également parce que cet alignement politique de la Région sur le Fédéral constitue le meilleur argument du MR pour « vendre » côté flamand un gouvernement Michel II en 2019 ce qui serait l’occasion d’amplifier encore les mesures d’austérité massives prises à ce niveau de pouvoir, avec des relais régionaux.

Ce triste constat étant posé, on ne peut être qu’ébahi par l’absence absolue d’auto-critique de la part du PS dans le contexte actuel.  Sorti de la litanie sur la traîtrise du cdH, et d’une critique de la politique proposée par les nouvelles majorités, d’autant moins audible que le PS en a initié une part non négligeable lorsqu’il était au pouvoir (notamment avec le MR), c’est le vide intégral.

Je ne prétends pas avoir entendu toutes les réactions socialistes ce jour mais je n’ai en tout cas pour ma part entendu dans les médias aucun intervenant PS abordant franchement la responsabilité de son parti.  Sur la question de la mal nommée « bonne gouvernance », en rester à l’antienne de la moralité défaillante de quelques élus ne fait aucun sens.  Ce dont il est question est une pratique quasi généralisée de cumul massif, et une confusion de plus en plus répandue entre mandat d’élu et postes dérivés de direction dans des structures industrielles fondées avec des deniers publics.  A ce propos, le fait que plusieurs mois après que le scandale ait éclaté, les deux principaux protagonistes socialistes du dossier Publifin soient toujours des salariés grassement rémunérés d’une SA contrôlée à 100% par cette intercommunale est pour le moins interpellant.  Clairement, il y a là un jeu de « je te tiens tu me tiens par la barbichette » entre ceux-ci et une série de responsables socialistes importants qui connaissaient bien évidemment la situation (et notamment les salaires mirobolants ainsi que la pratique du saupoudrage de mandats et fonctions plus ou moins inutiles pour s’attirer certaines bonnes grâces). Tant que cette situation perdurera, le PS sera inaudible sur la question des pratiques politiques comme auprès des plus modestes que ces salaires heurtent à juste titre. Le second point qui est mis sous silence concerne le positionnement idéologique du PS.  Quels sont les marqueurs programmatiques forts du PS aujourd’hui ? Quelles réformes transformatrices porte-t-il ?  En quoi la politique qu’il souhaite mener est-elle différente de celle du cdH (et même du MR avec lequel il a gouverné et gouverne à mains endroits) ? Si le cdH a tenté ce putsch, c’est également parce que le PS est au plus bas dans les sondages, progressivement remplacé par le PTB comme porteur de telles propositions de gauche, et qu’il est en outre incapable de mener une mobilisation sociale d’envergure ayant piétiné la concertation sociale (et dès lors affaibli la FGTB) lorsqu’il était en responsabilité, notamment au niveau Fédéral.

Le MR est au pouvoir et le principal artisan de ce gâchis qui aura des conséquences funestes pour les plus modestes n’est pas le cdH mais le PS lui-même !

S’il pouvait enfin se regarder dans un miroir et en tirer les conséquences, le PS pourrait peut-être sortir la tête de l’eau.  On aimerait entendre des voix socialistes porter ce message critique. A défaut, je ne ne pense comme l’affirmait encore ce matin l’ex-ministre et – ouf je suis recasé – futur bourgmestre, Christophe Lacroix, que l’avenir du PS sera « radieux ».  On rêverait par exemple que le PS puisse s’inspirer du modèle portugais, qu’il mette à sa tête un président marqué à gauche et qui réfléchisse à la possibilité de gouverner réellement à gauche (en ce compris avec le PTB).  Toute la gauche en serait transformée.  Mais il faut bien dire qu’à ce jour, on a du mal à voir quel pourrait-être cette personne (ces personnes?) au PS capable d’insuffler une telle rupture.  Tout en n’étant pas de ce parti, tout en pensant qu’il convient de rebâtir la gauche sur des bases anti-productivistes radicalement nouvelles (ce que j’appelle l’écosocialisme et auquel nous travaillons avec le Mouvement Demain), je trouverais le naufrage de ce parti parfaitement navrant car il y a en son sein de nombreux militants de gauche sincères.

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1 Comment

  1. S’il se trouve encore de nombreux militants de gauche sincères au sein du PS, je les inviterais à considérer une alternative à leur présence continuée au sein de leur vieux parti craquant de toutes parts. Pourquoi pas faire un tour du côté du Mouvement Demain, sans engagement, juste pour voir comment il est encore possible d’envisager une politique progressiste de nos jours?

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