Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
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Préhistoire (articles de mon précédent blog)

Parachutes dorés: nouveau procédé dilatoire du capitalisme marketing

Cela devient un des grands classiques de la société capitaliste marketing dans laquelle nous (sur)vivons : pour éviter d’attaquer le mal à la racine lorsque l’opinion publique quitte des yeux son écran plasma quelques instants pour esquisser un semblant de mutinerie, on lui offre en pâture (médiatique) une branche dépassant de la canopée, laquelle accompli son merveilleux office de poutre dans l’œil.  Borgne mais heureux, le peuple s’en retourne alors voir la fin de l’émission de téléréalité que les vendeurs de temps de cerveaux disponible lui offrent gracieusement.

C’est ainsi que l’on se bat pour ôter les enfants des centres fermés, avortant le débat sur le sens même de l’enfermement d’adultes n’ayant commis d’autre délit que de fuir la misère que le capitalisme mondialisé génère sciemment.  C’est ainsi que l’on s’occupe de rendre « plus humaines » les expulsions plutôt que de réfléchir à l’impact réel de l’intégration de 30.000 migrants clandestins annuels dans une population de 10 millions de personnes. C’est ainsi que l’on combat par la répression « les incivilités » plutôt que de s’attaquer à l’infinie violence et à l’individualisme forcené issus du système actuel qui en sont la cause.  Les exemples sont sans fin.

La dernière « poutre dans l’œil » en date, ce sont les « parachutes dorés ».  Des libéraux aux socialistes, de Sarkozy à Di Rupo, chacun a sa petite indignation à disposition pour le JT du soir.

Or, ceci dit un peu abruptement : les parachutes dorés, c’est du pipi de tout petit chat !  Ceux-ci correspondent à un ou deux ans de salaire de grands patrons et au fond tout qui est licencié (pour une bonne ou une mauvaise raison) a bien le droit d’obtenir une somme équivalente à son traitement pendant quelques mois, le temps de trouver un autre boulot.  La vraie question, bigrement plus consistante, que relève les sommes astronomiques que constituent ces parachutes dorés est celle des salaires.  Est-il philosophiquement acceptable que quelqu’un gagne plus (voir beaucoup plus) qu’un million d’euros par an ? Dans une société qui se veut démocratique, quel est l’éventail acceptable entre le plus bas et le plus haut salaire ? Cette question qui touche au fondement même de la société ultralibérale actuelle est soigneusement maintenue de côté, bien camouflée dans la toile des parachutes dorés.

Au début du XXe siècle, les libéraux américains, qui avaient encore le peu de bon sens que n’ont même plus les sociaux-démocrates actuels, estimaient que le maximum de différence admissible entre le plus bas et le plus haut salaire était de 1 à 20. En 2005, les dernières statistiques américaines chiffrent cette différence à un rapport de 1 à 435.  Et on ne parle que des salaires, pas encore des mille stratagèmes (stock-options, actions classiques, primes exceptionnelles,…) qui font souvent sérieusement grimper la note …

Quand, comme le relève une récente étude du PNUD, la richesse cumulée des 225 personnes les plus riches du monde (plus de 1000 milliards de dollars) équivaut au revenu annuel cumulé des 47% d’individus les plus pauvres de la planète, soit plus de 3 milliards de personnes [[Selon le PNUD toujours, il suffirait de moins de 4% de la richesse cumulée de ces 225 plus grosses fortunes mondiales pour donner à toute la population du globe l’accès aux besoins de base et aux services sociaux élémentaires (santé, éducation, alimentation).]], la question n’est pas rhétorique ou populiste [[Petit information à l’usage de celles et ceux qui seraient peu au fait de la rhétorique actuelle.  Un président qui respecte le verdict d’un référendum populaire comme Hugo Chavez au Venezuela est populiste, alors qu’un président qui fait changer la loi afin de contourner l’avis de son peuple comme Nicolas Sarkozy est démocrate]] comme d’aucuns aimeraient le faire croire.  Elle est centrale.

 

S’ils décidaient enfin d’arrêter de nous enfoncer des poutres dans les yeux pour s’occuper d’agir concrètement en hommes/femmes de gauche, les élus progressistes pourraient proposer :

  • que l’on instaure en Belgique un salaire minimum (indexé) de 1500 euros
  • que l’on fixe un ratio maximal acceptable entre salaires minimum et maximum. Il me semble qu’un facteur 10 serait un bon chiffre pour débuter, l’objectif devant être de faire baisser à terme ce chiffre. Par exemple, on pourrait décider d’indexer le salaire minimum mais pas le salaire maximum autorisé, diminuant de facto progressivement l’écart d’inégalité
  • que tout revenu supérieur à ce plafond soit reversé à la collectivité sous la forme d’un impôt fédéral sur la fortune.

 

(Ces propositions s’inspirent de la proposition faite au Parlement Suisse par le député Josef Zisyadis)

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