Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
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Préhistoire (articles de mon précédent blog)

Pourquoi je n’aime pas la gare Calatrava de Liège

Adossée à la colline de Cointe, la gare des Guillemins actuelle, véritable crime architectural surtout si l’on se souvient de la gare originelle de 1905, n’est plus adaptée pour les 36.000 voyageurs qui la fréquentent quotidiennement. Ses quais sont étroits, courts et en courbe ce qui est problématique pour les trains actuels (longs et rapides), son hall est trop petit et le bâtiment même a mal vieilli.

Toutefois, pour bien des raisons, je n’aime pas le projet grandiloquent de l’architecte à la mode en Wallonie (NB: Il a désormais également été désigné pour la nouvelle gare de Mons) Santiago Calatrava Valls qui a été retenu.  J’aime encore moins soit dit en passant son projet de canal vers la Dérivation, fruit de la même vision à la Haussmann mais qui fort heureusement semble lui bloqué par les instances communales.

 

Le coût

Le coût annoncé pour la gare TGV en 1999 lors du début des travaux était de 161 millions d’euros.  En 2001, le chiffre cité à la Chambre était de 260 millions d’euros. Début 2005, on en était à 320 millions d’euros. Début de cette année, la SNCB sortait sa calculette et le coût du chantier était cette fois évalué à 430 millions d’euros. On le voit, le coût de la gare ne cesse de grimper et le demi milliard d’euros sera fort probablement dépassé d’ici la fin des travaux programmée pour la mi-2008 (NB: Notons que la SNCB s’est attelée à d’autres réalisations tout aussi pharaoniques comme par exemple la gare d’Anvers).

Dans le même temps, la SNCB ferme des gares, supprime des trains à destination de petites localités et oublie dans bien des cas, faute de moyens, ses missions de service public.  L’argent public étant rare [[C’est un autre sujet mais il est bon de rappeler que cette raréfaction n’est pas un hasard mais bien le fruit d’une politique active de désengagement public au profit du marché qu’il convient de combattre.]], des choix doivent être faits, des priorités doivent être établies.  Des gares fastueuses et coûteuses réalisées par le bureau d’architectes célèbres ne me semble pas la première des priorités.

L’argument qui consiste à dire que cette gare suffirait à constituer un attrait touristique pour notre ville ne me semble pas non plus très crédible [[Le tourisme est sans doute un facteur possible de développement, mais tout comme l’on conçoit une maison pour celles et ceux qui l’habitent au quotidien et non pour les invites que l’on reçoit quelques fois par an, il me semble toutefois essentiel de d’abord concevoir notre ville pour celles et ceux qui en sont le habitants, les utilisateurs au quotidien]].  Je pense que ce sont d’abord des activités culturelles de qualité qui sont susceptibles d’attirer des touristes dans notre ville au patrimoine architectural riche mais fort abimé et morcelé. Et que constate-t-on ?  Le projet d’un lieu culturel au cœur de la cité dans le palais des Princes Evêques a été écarté d’autorité, celui du « Méga-Musée » est mal conçu et n’en finit plus de prendre du retard.

Enfin j’aimerais signaler que, même si les sources de financement ne sont pas directement liées, dans une ville où 30% de la population n’a pas d’emploi, où la pauvreté gagne sans cesse du terrain, une telle dépense somptueuse n’est pas sans poser certaines questions morales.

 

L’intégration

La qualité première que doit avoir un bâtiment du gabarit d’une gare est son intégration dans la topographie des lieux et dans le tissu urbain. L’énorme charpente métallique de plus de 10.000 tonnes d’acier (et pas de l’acier local) de 200 m de long et de 35 m de hauteur conçue par Calatrava est totalement écrasée contre la colline de Cointe.  De l’autre coté, la même impression d’écrasement contre les bâtiments fort proches et de gabarit plus modeste prévaut.  C’est d’ailleurs pour cela que l’on n’a pas hésité à raser tout un quartier afin de « dégager la vue ».  Il me semble toutefois demeurer une non intégration absolue de ce paquebot d’acier dans le couloir étroit qui sépare la colline de Cointe du quartier des Guillemins.

 

La fonctionnalité

Cela a été dit et redit, l’inter-modalité de ce projet avec les transports les moins polluants (bus et vélos) n’a absolument pas été pensée correctement.  On ne sait toujours pas exactement où les bus seront situés et il est fort probable qu’ils se retrouvent relativement loin de la gare.

Plutôt que de revenir sur ce point, j’aimerais prendre un petit exemple qui me semble symptomatique.  Dans la vieille gare, les rampes d’accès aux quais comportaient une rainure afin de permette un accès aisé avec vélo sur le quai (voir illustration article).  Alors que le nombre de navetteurs utilisant un vélo [[pliant le plus souvent puisque le transport gratuit d’un vélo dans le train n’est toujours pas permis]] est en augmentation, la nouvelle cage d’escalier (Est-elle définitive ?) construite pour conduire aux quais  8-9 n’en comporte tout simplement pas.

 

En conclusion

Une gare solaire, une gare en matériaux locaux,… Il était possible de trouver avec modestie mais originalité un projet de gare un peu visible.  On aurait pu (du) également organiser une consultation des utilisateurs de cette gare concernant leurs attentes. On aurait pu demander aux liégeois de voter pour le projet qu’ils souhaitaient. On a préféré une solution facile.  Oui, le célèbre Calatrava et son projet grosse clef sur énorme porte est une solution de facilité, mais que nous paieront chère, j’en ai la conviction. Et je ne parle pas ici uniquement de son coût exorbitant.

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