Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
carotte
En trois lignes

Quarante jours sans viande : Une campagne de sensibilisation au végétarisme perfectible mais utile

Les qualificatifs les plus outranciers (« intégriste », « dangereuse ») pleuvent de la part de certains élus et responsables de la filière des éleveurs à l’encontre de la campagne « Quarante jours sans viande« .

Bien évidemment une viande (bio locale) n’est pas l’autre (importée et nourrie au soja OGM), bien évidemment changer nos habitudes alimentaires peut avoir des conséquences économiques (mais l’économie ne doit-elle pas être au service de nos choix et non l’inverse?) alors que le monde agricole vit déjà des moments difficiles (ce qui soit dit en passant est le signe que le modèle actuel ne fonctionne pas), bien évidemment il peut y avoir parfois de la part de certains végétariens une forme d’outrance dans leur militance.

Mais, sans même aborder les questions éthiques, il est un fait indéniable que le coût énergétique, et par corollaire environnemental (consommation d’espace, de céréales et d’eau notamment), d’une calorie animale est en moyenne bien supérieur à celui d’une calorie végétale. En fonction des espèces, ce coût énergétique estimé est d’environ 3 à 9 fois supérieur. Si nous prenons l’exemple d’un bœuf élevé de manière industrielle (ce qui constitue aujourd’hui la norme) pendant 3 ans pour fournir 200 kilos de viande, ce bœuf consommera 1300 kilos de grains et 7200 kilos de fourrages. En moyenne, 7 kilos de céréales sont nécessaires pour produire 1 kilo de viande dans les élevages intensifs.  Et qui dit culture, dit également consommation d’eau.  Au niveau mondial, l’empreinte hydrique de l’élevage constitue un réel souci. Selon la FAO, la consommation mondiale de protéines animales a en outre doublé en moins de 50 ans et devrait encore augmenter de 70% pour nourrir l’ensemble de la population en 2050 si la tendance relative à nos choix alimentaires est maintenue. Cela devient dès lors un enjeu sociétal majeur alors que la production de bétail monopolise déjà 70 % des terres arables et 40 % des céréales cultivées.

Ajoutons que, toujours selon la FAO, l’élevage des 20 milliards d’animaux nécessaires à notre alimentation est responsable de 18 % des émissions totales de gaz à effet de serre au niveau mondial, soit davantage que les transports. Les ruminants produisent 37 % du méthane (dont le le potentiel de réchauffement global est 23 fois supérieur à celui du CO2) émis du fait des activités humaines.  Le stockage et l’épandage de fumier sont responsables de 65 % des émissions d’oxyde nitreux, le plus puissant des gaz à effet de serre. La déforestation consécutive à la conversion des terres en pâturages ou en cultures fourragères est responsable de 9 % des émissions de CO2. N’en jetez plus !

Dans ces conditions, sans être un défenseur acharné de cette campagne spécifique (outre qu’il me semble que c’est un changement pérenne qu’il convient d’instaurer, le principe même de se caler sur le carême n’est pas exactement ma tasse de thé … ni de vin de messe), appeler à réfléchir à l’impact de nos choix alimentaires et inciter à minima à réduire notre consommation de viande en comprenant mieux l’impact que cela peut avoir sur la planète me semble plutôt « salutaire » et « utile » que « intégriste » et « dangereux ».

« Rien ne pourra être plus bénéfique à la santé humaine, ni accroître les chances de survie de la vie sur la Terre, qu’une évolution vers un régime végétarien. » Albert Einstein (1879-1955)

 

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