Blog de Pierre Eyben

Ecologie plus verte, socialisme plus rouge
Conseiller communal

Carnet d’un conseiller rouge-vert : Les 4 et 5 février 2019

Pour ce deuxième véritable CC, place à un marathon sur deux journées avec notamment au programme le Plan Urbain de Mobilité, le Schéma de Développement Territorial, et la Déclaration de Politique Communale.

Belle habitude, une mobilisation citoyenne et associative nous attend devant (ou plutôt derrière) l’Hôtel de Ville afin de réclamer une politique cyclable ambitieuse à Liège alors que notre ville est à la traîne. Plus de 6000 signataires soutiennent ces demandes !

Le Conseil communal débute à 18h45, soit avec 15 minutes de retard. En entame, nous assistons à une passe d’arme entre Benoit Dreze pour le CDH et le directeur général Philippe Rousselle concernant les modalités d’approbation des procès-verbaux du CC.  Le directeur signale que sauf demande expresse, le PV est adopté de facto lors du CC suivant.  Le conseiller CDH fait remarquer, à juste titre, que l’on ne dispose très souvent pas des PV que l’on est supposé valider. La passe d’arme tourne autour du terme, malheureux il est vrai de « risque de faux » utilisé par le conseiller.  Ceci permet opportunément d’évacuer le fond de la remarque (parfaitement fondée) pour s’appesantir sur la forme. Spectacle un peu triste.

Le CC se poursuit par un hommage à Melle Juliette Noel, conseillère communale de 1971 à 1981, mécène des musées liégeois et résistante. J’avoue ne pas connaître cette dame décédée à l’âge respectable de 97 ans.  L’hommage qui lui est rendu est assez émouvant.

Madame Marie-France Mahy prête ensuite serment pour la présidence du CPAS.

On entre dans le vif du sujet, le bourgmestre fait une présentation que je qualifierais volontiers de « publicitaire » concernant l’arrivée future du tram à Liège.  A mes yeux, autant on peut se réjouir de cette arrivée dont notre ville a tant besoin (et j’étais avec d’autres de ceux qui ont porté la pétition « oui au tram, non à CHB quand peu de monde soutenait ce retour), autant les conditions de cette arrivée continuent de poser question, et de comporter une série de risques. Dans le programme de VA, nous écrivions ceci « Le tram tel que conçu n’est pas parfait (ligne trop courte, parcours perfectible et ne desservant quasi pas la rive droite, financement via un Partenariat Public Privé (PPP), quand un financement public a été trouvé ailleurs en Wallonie) Il a toutefois été obtenu grâce à la mobilisation citoyenne et au travail des écologistes, et il constitue un point d’appui important dont VA entend faire usage pour impulser une mobilité du XXIe siècle dans l’agglomération liégeoise. ».  Un risque de privatisation totale continue notamment d’exister, j’y reviendrai.

Les interpellations débutent. Il y en a 18 dont 4 portées par Vert Ardent.  Les conseillers ont pris le rythme et tous respectent désormais le temps de deux minutes imparti. Ces interpellations me semblent constituer un moment démocratique important même si leur enchainement peut sembler parfois un peu répétitif. Surtout, les réponses apportées sont souvent trop évasives. Un risque réel existe de voir le nouveau ROI diminuer largement leur nombre.  Ce serait regrettable me semble-t-il.

Avec ma collègue Sarah Schlitz, nous interpellons sur la question du climat et demandons au Collège s’il accepterait l’idée d’un « plan climat ardent ». Il s’agirait d’unir des conseillers communaux, des acteurs associatifs de terrain et un panel de citoyens tirés au sort, afin de co-construire d’ici fin 2019 et ce avec l’aide de l’administration communale, un plan chiffré (le GIEC préconise la somme de 2.5% du budget à tous les niveaux de pouvoir) pour une réelle politique de transition les 5 prochaines années, plutôt que des mesures plus éparpillées. Nous n’obtenons pas de réponse. Nous reviendrons donc sur ce point.

Le bourgmestre présente la Déclaration de Politique Communale (DPC). Il est à noter que nous avons reçu ce document à peine 3 heures avant sa présentation, et que le document a été présenté d’abord à la presse.  C’est très regrettable. Alors que la réunion des chefs de groupe de samedi prévoyait un vote dès ce lundi, réactions et votes sont finalement prévus pour le mardi.  J’y reviendrai.

Nous entamons le débat sur le Plan Urbain de Mobilité (PUM).  Gilles Foret présente la position du Collège.  Force est de reconnaitre que le projet de délibération qui est soumis à notre vote intègre certaines remarques formulées en Commission (sur la nécessité du phasage notamment) mais ne remet nullement en cause le tronçon autoroutier de Cerexhe-Heuseux-Beaufays. Par ailleurs, il constitue un avis sur le texte mais consiste de fait à le valider en l’état.   Ce qui est proposé de voter c’est bien un « OUI ou NON » sur l’intégralité du document en l’état.  Pour Vert Ardent, Caroline Saal et Elena Chane-Alune expliquent longuement les points qui posent souci à nos yeux dans ce long document même si celui-ci comporte des avancées importantes que nous ne nions aucunement.  L’absence de phasage (qui fait peser le risque que CHB soit in fine la principale mesure validée) et la non prise en compte des résultats de l’enquête publique sont notamment pointés.  Le projet de délibération qui nous est soumis constitue de facto une acceptation du texte en l’état. Le CDH, nouveauté, exprime des réserves sur CHB mais annonce qu’il votera pour le texte. Defi, favorable au projet de tunnel sous Robermont, dernière folie pro-voiture en date remise au goût du jour par le bourgmestre lui-même, annonce qu’il s’abstiendra. MR et PS votent pour le texte. PTB, Vert Ardent, Vega votent contre. Parallèlement Vert Adent a lancé une pétition qui a recueilli plus de 1000 signatures en 3 jours.

Vient ensuite le débat sur le Schéma de Développement Territorial (SDT).  L’échevine Yerna file la métaphore d’une rose faite de fleurs et d’épines. Quentin le Bussy pour Vert Ardent, salue l’avis critique émis par la Ville et sur lequel il nous est demandé de voter mais démonte point par point un document peu ambitieux qui nie largement la réalité urbaine, comme le statut de métropole de notre ville.  Son intervention est à retrouver ICI.  Comme sur le PUM, nous assistons à un appel à l’unité du Collège, au motif que refuser le document nous affaiblirait. Abstention de notre groupe.

Il est 23 heures et on attaque courageusement l’ordre du jour proprement dit en débutant par les points de la commission du bourgmestre.

Vert Ardent, via nos conseillers Guy Krettels et Véronique Willemart, dépose une motion réclamant un soutien de notre ville à Domenico Lucano, maire de Riace aujourd’hui menacé et attaqué en justice pour son soutien aux migrants par l’extrême droite italienne et son ministre Matteo Salvini. Le point est renvoyé en Commission, il sera discuté et voté au prochain CC.

Céline Lambeau (pour VEGA), Elena Chane-Alune (pour Vert Ardent) et Sophie Lecron (pour le PTB) déposent une motion commune pour demander des garanties quant au maintien de l’exploitation du tram dans le giron public alors que des menaces de privatisation semblent se préciser au niveau du Gouvernement wallon.  Voici un chouette exemple de collaboration des formations de gauche au Conseil. La motion est renvoyée en commission et reviendra au prochain CC.  On analysera évidemment avec attention l’attitude qui sera prise par les deux partenaires de majorité.

On entame ensuite les points de la commission de l’échevine des finances Christine Defraigne.  Un long échange s’engage sur le point 53 tournant autour de la problématique de la charge des pensions. Ce n’est un secret pour personne, cette charge est amenée à croître les prochaines années faisant peser un risque réel sur les marges budgétaires de notre commune.  A ce stade, la ville espère un relai politique libéral pour ne pas avoir à faire face seule à cette situation.  Puisque la présence du MR au pouvoir semble en partie liée à ce souhait de trouver une oreille attentive, l’échevine Defraigne est largement questionnée, notamment par le CDH. Elle semble vouloir jouer le jeu de la transparence (même s’il s’agira de fournir par écrit les documents demandés et non d’agonir les conseillers de chiffres en commission et lors du CC).  Elle confirme qu’une part de l’effort devra être fourni par la ville (ce qui n’est pas une bonne nouvelle et rejoint en fait la position exprimée par le CDH lors des négociations et qui leur a été reproché vivement par le PS) et lâche le terme de « rationalisation » nécessaire. Le vote du budget en mars s’annonce bouillant.

La séance est levée à minuit. Petit débriefing à la sortie de la Violette.  On remonte sur le vélo pendant que les membres du Collège manœuvrent péniblement leurs voitures dans la (trop petite) cour arrière de la Violette.

Un bon bain et une journée de boulot plus tard, reprise du second round.

On reprend à 18h50, avec 20 minutes de retard ce qui semble une mauvaise habitude, par les points restants de la commission de madame Defraigne. La séance débute avec un long rapport de l’avis du CRAC, le Centre Régional d’Aide aux Communes qui en fait est plus une sorte de mini FMI wallon imposant de la rigueur budgétaire aux communes qu’un réel centre d’aide. Liège a le triste privilège d’être la grande ville wallonne la plus endettée et ceci pèse aussi très lourdement sur nos finances. Re-discussion sur le rôle des relais politiques (cette fois à l’échelon régional) et nouvelle passe d’arme entre CDH et MR. Il semble bien que cela va devenir un classique. En soit, ces échanges sont plutôt instructifs.  Le CDH connait bien les arcanes liégeoises pour avoir été aux manettes avec les socialistes durant de nombreuses années.  C’est à la fois ce qui énerve la majorité et ce qui constitue les limites de l’exercice pour un parti qui participé longuement à certaines des décisions et pratiques qu’il entend aujourd’hui épingler.

Les points des autres commissions défilent beaucoup plus rapidement.

Pour la commission de l’échevin de l’instruction publique Pierre Stassart, Vert Ardent s’abstient sur le point concernant le nouveau ROI du secondaire, notamment en raison des règles (qui étaient déjà dans l’ancien) édictées sur l’interdiction des signes convictionnels visant sans les nommer les jeunes filles voilées. Globalement, s’il nous semble légitime d’imposer des règles d’interdiction pour des enfants mineurs, nous avons un avis autre pour les jeunes adultes dont il nous semble que l’on devrait privilégier le libre-arbitre. L’actuel ROI manque de nuance sur ce point.

Concernant la commission de l’échevin des travaux publics Roland Léonard, nous votons contre le plan de mobilité d’accès à l’hôpital de la Citadelle (CHR), dans le prolongement des positions d’ECOLO lors de la précédente mandature.  Nous pensons que le projet actuel fait peser d’importants risques sur la qualité de vie dans le quartier en privilégiant l’accès en voiture vers l’hôpital depuis Vottem, et la construction d’un grand parking aux abords de l’hôpital.  Nous défendons ardemment cet hôpital public mais il nous semble qu’il conviendrait de faire davantage du CHR un hôpital « urbain » (ce qu’est déjà largement sa patientèle) en améliorant prioritairement les accès cyclables et en transport en commun (notamment mais pas uniquement via la construction d’un téléphérique intégré au projet de tram)

S’ouvre ensuite l’énorme morceau de ce conseil, la Déclaration de Politique Communale. Pour le groupe Vert Ardent, nous sommes 6 à prendre la parole.  Caroline Saal balaye tout le texte et ses grandes orientations, Guy Krettels aborde la question de la santé et du sans-abrisme, Véronique Willemart celle du genre et de l’égalité homme-femme, Elena Chane-Alune celle de la culture, et Laura Goffart celle de la protection animale.  Pour ma part, je relève les points de nos 12 priorités qui se retrouvent désormais dans la DPC et met l’accent sur la question du logement. Je souligne le fait que de nombreux points de notre programme se retrouvent dans la déclaration (ce qui est évidemment une bonne chose) dont certaines qui ne figuraient pas dans le programme des partenaires de majorité (ce qui est quand même plus étonnant). J’entame ma prise de parole en rappelant que devoir se positionner sur un tel document (78 pages) dans un délai aussi court (un jour) est un mauvais signal démocratique.  Cela ne permet notamment pas toujours d’avoir le temps d’apporter de la nuance en analysant dans le détail les éléments de la DPC.  J’avoue bien volontiers l’une ou l’autre imprécision dans le comparatif des programmes effectué à la hâte ou la manque de justesse d’un terme comme « copié-collé » repris dans mon intervention. Reste que globalement, cette DPC reprend effectivement, sans les citer, des apports du programme de Vert Ardent qui ne figuraient pas dans ceux des partenaires de majorité. Ceci est annoncé par le bourgmestre comme une volonté d’unir les forces liégeoises. J’ai la faiblesse de penser que c’est un peu plus cyniquement, une façon de tenter d’intégrer (sinon récupérer) nos propositions pour ne pas nous laisser la possibilité de les développer durant les prochaines années. La réponse sera dès lors de notre part d’assurer que les faits suivront les déclarations.  Et il y a des engagements importants comme la construction annoncée de plus de 600 logements publics par an (une rupture majeure), les 10 euros de budget par habitant pour les infrastructures cyclables, ou la présence d’un espace vert à 10 minutes à pied de chez lui pour chaque liégeois, pour ne citer que trois exemples. En guise de boutade, vu le nombre de points de notre programme se retrouvant dans ce texte je conclus mon intervention ainsi « on se demande quand même pourquoi à tant aimer notre programme, vous n’avez pas choisi camarades socialistes de faire une majorité rouge-verte à Liège pour le porter réellement ».

Les partis de la majorité et les membres du collège répliquent.  Dois-je préciser que les critiques de l’opposition sont peu appréciées ?  Sorties assez « vertes » du MR concernant le fait que nous pointons que la DPC intègre des points de notre programme en mode « vous n’avez pas le monopole de l’écologie ».  Le monopole certainement pas, mais la liberté de douter de leur engagement quand on voit les réalisations MR à d’autres niveaux de pouvoir, peut-être un peu quand même.  Sortie particulièrement agressive et condescendante de l’échevin Jean-Pierre Hupkens concernant l’interpellation de ma collègue Elena Chane-Alune qui avait pointé la trop grande place laissée aux « grands événements » et « grands acteurs » dans la DPC.  Si des choses sont évidemment faites avec de plus petits acteurs culturels (ce serait un comble), c’est pourtant une réalité qu’elle pointe à juste titre et il me semble qu’il doit être possible d’accepter une critique, de répondre aux points de désaccord, mais sans recourir à cette violence verbale.  Œuvrer au renouvellement des élus, c’est aussi pour les plus anciens, éviter d’imposer un climat inutilement violent.

La DPC est votée par la majorité. VA, PTB et VEGA votent contre.  CDH et Defi (qui ne semble pas encore avoir bien compris qu’il ne figurait pas dans la majorité) s’abstiennent non sans agrémenter ce vote d’un laïus sur la nécessité d’être constructif. Le centrisme est un plaisir et doit le rester.

Nous déposons ma collègue Elena Chane-Alune et moi une question orale sur le principe du prix libre pratiqué par le théâtre le Public à Bruxelles en demandant que la même expérience puisse être menée par le théâtre de Liège.  L’échevin de la culture Jean-Pierre Hupkens, toujours acide, nous répond que nous devrions prioritairement nous battre pour un meilleur financement de la culture.  Que je sache c’est son parti et le CDH qui sont en charge de ces matières à la Communauté, pas Vert Ardent.  Il fait état de deux oppositions de fond plus légitimes : le coût pour une institution qui ne roule déjà pas sur l’or et le fait qu’il n’est pas favorable aux expériences limitées dans le temps mais davantage aux solutions structurelles. L’exercice des questions orales ne permet pas de répliquer.  Disons simplement que le principe du prix libre ne signifie aucunement une perte de revenu systématique, et que le but de l’expérience (qui peut si elle est concluante être pérennisée) est précisément d’en évaluer la portée.  Il nous affirme toutefois qu’il relayera notre proposition à l’AG du théâtre de Liège. Nous suivrons cela avec attention.

Nous passons à la partie à huis-clos qui concerne une série de nominations.

Le CC se termine (de mémoire) vers 23h30.  Prochain round le 25 février.

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